Poésie de Yann Le Puits : L’éléphant artificiel

Pachydermique machine,
Eléphant mécanique,
Pachyderme électronique,
Deux à trois fois plus
Énorme que le réel,
Beaucoup plus éléphantesque
Que tes congénères naturels ;
Toi qui sur ton dos
Portes et balades
La nacelle à impériale au décor hindou,
Replète de touristes aux rires bavards,
Aux bavardages rieurs ;
Toi dont la trompe à la flexible démesure
Nous offre des douches inopinées,
Par les bambini voulues ;
Armé de défenses qui n’attaquent personne ;
Et projetant ton barrissement,
Vacarme originel digne du mammouth
Qui nous secoue de surprise ;
Ta queue claque d’invisibles moustiques ;
Puis clignotent tes yeux verts
Eberlués par la foule des badauds ;
De la savane tu ne recèles
Nulle nostalgique mémoire ;
Avec une lenteur, une lourdeur
A ta majesté accordées,
Tes pattes déplient, déploient
Les mécanismes d’articulations
Hautement technologiques
Puis s’abattent mais
N’écrasent que des ombres,
Tandis que volètent
et claquent tes oreilles
Au rythme d’une course imaginaire ;
Le pilote cornac te mène sans peine :
Magie calculée du tableau de bord,
Manettes, boutons, commandes et leviers,
Loupiotes aux diverses couleurs ;
Dis-moi, éléphant, fils de Nantes,
La ligérienne et l’océanique,
De quoi la nuit rêves-tu,
Garé dans le hangar
Sous la profusion des tubulures d’aluminium,
Lianes jaillies du terreau de l’industrie ;
Sous la forêt des poutres d’acier inoxydable ;
Assistes-tu au déchargement
De ces millions de bananes
Qui sous les entrepôts jaunissaient ?
Vois-tu les navires négriers
Lever l’ancre et hisser la voilure ?
Alors, pour l’homme blanc,
Gémis-tu de honte ?

A Nantes, 2011

 

Auteur : Yann Le Puits, Blog

(1) Publié dans Flammes vives, en 2012, volume 4, sous la direction de Claude Prouvost

Photographie : L’éléphant de l’ìle de Nantes. Patrick Bouchot