Retouche photo : pour ou contre ?

Article mis à jour en janvier 2017.

La retouche numérique des photographies via un logiciel de post-production (comme par exemple Photoshop, Lightroom, Affinity Photo, …) est-elle intéressante ou est-elle une manipulation de l’image, ne reflétant plus forcément la réalité?

Certains photographes attachent effectivement de l’importance à montrer leurs prises de vue, effectuées dans les conditions réelles, et ajoutent parfois la mention « image non retouchée ou image jpeg OOC (out of camera)», notamment lorsque les photos sont particulièrement réussies. À ceux-ci, je dois avouer, c’est vrai qu’il est important de souligner ces photographies remarquables, et que de nos jours, où de nombreuses photos sont retravaillées et améliorées, c’est une vrai et digne interprétation de la photographie, de choisir cette démarche, d’attribuer en quelque sorte à l’image, un label « naturel et d’origine » face à un univers d’images « trop stylisées » et parfois éloignées de la réalité, de celle que nous pouvons percevoir avec les yeux. Il suffirait de prendre un peu de temps pour soigner sa prise de vue et de déclencher, et voici la photo réussie, sans investir ultérieurement du temps pour le traitement ou l’optimisation de l’image ! Il suffirait aussi, de savoir reconnaître les conditions idéales concernant la lumière, de bien définir les paramètres du boitier, le choix de l’optique et du cadrage de l’image : en somme être au bon endroit, au bon moment avec la bonne lumière et le bon matériel ! Cela a toujours était et restera la devise des photos réussies. C’est de l’art (et de la planification et de la technique) ! C’est aussi pour cela, que les photographes avertis ou professionnels investissent dans du matériel onéreux, car en sachant bien l’utiliser, ils savent d’avance à quoi ressemblera l’image et n’ont plus l’envie ou forcément le temps, d’investir encore du temps pour de la retouche.

Toutefois, cette question n’a presque plus de signification avec l’actuelle génération des boitiers numériques, qui permettent pour beaucoup non seulement de développer en interne (c’est-à-dire directement dans l’appareil photo en réglant les paramètres via l’écran au dos du boitier) les fichiers RAW et de générer de nouveaux fichiers jpeg (légèrement retravaillés pour compenser quelques erreurs d’interprétation). Certains appareils photos proposent même d’aller plus loin en stylisant les photos avec divers filtres de transformation. Sans parler, des smartphones ou de rares appareils photos équipés d’un logiciel d’exploitation comme iOS, Android ou Windows Phone, permettant d’installer des applications dédiées à la retouche ou à la stylisation des photos. Donc au sens large, les photos jpeg OOC délivrées par les appareils photos (toutes gammes confondues : smartphone, compact, compact expert, bridges, hybrides, reflex APS-C, APS-H et Fullframe) n’ont plus de réelles significations : pour le même sujet de prise de vue, en fonction du modèle et de la marque de l’appareil photo et de l’optique, le rendu du l’image sera différent à plusieurs points de vue (netteté, résolution, dynamique, balance des blancs, aberration chromatique, distorsion de l’image, bruit…), et certaines images auront pu aussi bénéficier de retouches ultérieures via le boitier grâce au fichier RAW, si le mode RAW+JPEG a été choisi préalablement. Il faudrait presque parler dans ce cas d’images jpeg issues du boitier en OOC-1 et OOC-2 !

Qu’il s’agisse d’un traitement léger de l’image brute (RAW ou DNG) via le boîtier ou du développement numérique de l’image via un logiciel sur ordinateur ou sur tablette, cette étape est malheureusement souvent nécessaire, pour justement corriger les erreurs de rendu des capteurs numériques (loin d’être parfait) ou les défauts des optiques ou tout simplement les mauvais réglages lors de la prise de vue, et ainsi améliorer le visuel, souvent dans un souci de réalisme et de qualité d’image, ou bien alors d’aborder une étape supplémentaire, celle de la stylisation ou d’une démarche de retouche plus approfondie. Ceci bien sûr en fonction de l’usage divers de l’image : publication en ligne, publication imprimée en offset et ou tirage papier en grand format.


(Retouche numérique qui aurait été valable aussi comme exemple de développement numérique à partir d’un fichier RAW, sauf que dans ce cas, l’image d’origine est un jpeg, pour être plus exact, il s’agit d’un mélange à partir d’une photo sur-exposée et sous-exposée, ce qui correspond à un léger traitement HDR).


(à gauche : le fichier jpeg OOC délivré par le Canon EOS 400D. À droite, exemple de développement du fichier RAW puis retouche en additionnant un pseudo-HDR noir et blanc à 50% pour renforcer le contraste et mettre en valeur les nuages – Rajout partiel d’un effet Tilt-shift. Cela a permis de rattraper une photo banale, légèrement floue).

Quoi qu’il en soit, l’oeil averti du photographe, décèlera presque toujours parmi l’océan des images véhiculés dans les médias et sur le net, mais aussi dans les publications imprimées, les photos qui sont justement peu réalistes, ou trop retouchées (notamment au niveau de la saturation des couleurs ou des effets à la mode utilisés parfois de façon trop exagérée, comme le hdr – high dynamic range : voir article à ce sujet ). Cela concerne désormais aussi les contenus vidéos, tels les émissions, les reportages ou les documentaires diffusés à la télévision ou sur le net, où effectivement grâce aux technologies plus performantes, certains producteurs n’hésitent pas à retraiter numériquement l’ensemble du contenu audio-visuel dans le but de l’améliorer ou d’y apporter une touche stylisée, parfois malheureusement au détriment du réalisme, et cela se voit tout de suite surtout avec la qualité des écrans Full-HD ou 4K. À cela s’ajoute en général, qu’encore aujourd’hui, beaucoup trop de contenu audio-visuel n’est pas toujours bien adapté dans sa définition de diffusion (SD ou HD) et cela se voit bien sur les écrans Full-HD ou 4K ! Cela concerne également les photos que l’on peut découvrir ici et là, dans la presse kiosque ou dans des livres, où malheureusement beaucoup d’images ne sont vraiment pas bien restituées, à cause d’une résolution insuffisante, ou de la qualité médiocre de la prise de vue ou de la trame d’impression.

C’est bien le problème de l’oeil critique du photographe averti… car heureusement, pour la plupart des personnes, une photo reste une photo : la compréhension d’une image se traduit d’abord par l’émotion suggérée par celle-ci, en somme la narration. Mais lorsque la qualité de l’image n’est pas adaptée au support de visualisation, c’est au détriment de sa perception et de sa compréhension, et cela pose problème ! Et pourtant, ce qui reste souvent en mémoire dans la notion du temps, n’est-ce donc pas l’idée ou la narration, plus que l’image dans tous ses détails ? Au fil des décennies, les exigences en matière de qualité d’image évoluent doucement. Les photos prises avec un smartphone sont d’ailleurs très belles sur l’écran de ce dernier, mais sont déjà moins belles sur un écran d’ordinateur… Il s’agit finalement d’une question de définition d’image sur écran ou de résolution d’image sur papier, qui concerne surtout les professionnels de l’image, et aussi ceux qui désirent progresser dans leur démarche photographique. Un nouveau débat se profilerait-il pour l’avenir des technologies de l’image ? Si le lecteur ou le spectateur ne voit pas vraiment de différences tangibles entre la Full-HD et la 4K, et même certains entre l’HD et la Full-HD, à quoi bon les soucis des photographes exigeant qui attendent impatiemment des écrans en 8K ? Ce serait effectivement génial de pouvoir visualiser une image de 33 millions de pixels (7680 x 4320) à l’échelle 100% ! Petit clin d’oeil du destin, au moment, où j’écris ces lignes, Dell présente au CES 2017 un écran ultra HD 8K de 32 pouces avec une densité de pixels de 280 ppi !
Ces écrans rendraient également obsolètes tous les petites photos actuelles sur le net, qui se retrouveraient ainsi sans intérêt à la taille d’un timbre poste !

Pour en revenir sur la question de post-production ou pas, seules les photographies effectuées pour un usage à caractère administratif, documentaire ou scientifique se doivent respecter cette charte de la photo originale jpeg OOC fournie par le boitier, ce qui laissent à penser que bientôt, des logiciels permettront peut-être de discerner les images d’origines et les photos retouchées ! Actuellement, les recherches à ce sujet permettent à un logiciel de détecter si une image est falsifiée, mais seulement en faisant référence à d’autres images équivalentes publiées sur le net, afin de reconnaitre par comparaison selon différents critères, les photos améliorées. Lors de certains concours photographiques renommés, le cahier des charges permet parfois que le développement numérique de la photographie soit toléré, mais pas la retouche numérique, (interdiction d’intervenir localement sur l’image). Quelquefois même, il est demandé, au photographe participant au concours, s’il est sélectionné dans le palmarès des gagnants, de pouvoir fournir un fichier brut de l’image, prouvant que celle-ci n’a pas été retouché !


(Exemple de retouche de photo, qui n’en est pas vraiment une, puisque dans ce cas précis, il n’y a pas d’intervention locale avec le curseur de la souris sur l’image, mais juste un traitement de l’image par un remplacement de couleur par une autre. Par contre, il serait facile de croire que l’image d’origine est celle de gauche, à cause du sens interdit, mais en fait ce n’est pas le cas, j’ai également changé la couleur du sens interdit, qui était sur l’image d’origine jaune… Etrange, du coup, j’ai vérifié via Google Street View le lieu de cette prise de vue, si le sens interdit est bien jaune, et non ! Il est rouge. Je suis perplexe, est-ce une erreur du capteur ? Mystère et boule de gomme, cela reste pour l’instant une énigme ! J’ai vérifié sur le net, la limousine extra-longue est bien rose. Il s’agit d’une Lincoln Town Car longue de 8,60 métres).


(Autre exemple : à gauche, la photo jpeg ooc du Canon EOS 400D. À droite, le développement du fichier RAW et ajout par mélange d’un calque pseudo-HDR – réalisé à partir d’un seul fichier RAW. Ajout également d’un fort vignettage, cela a permis de récupérer les zones sous-exposées des arbres sur le côté et de mettre en valeur le pont abrité).

À savoir, que dans le monde de la presse, il est généralement admis de retoucher légèrement les photographies, au niveau des réglages de base : contraste, saturation, netteté, luminosité, balance des blancs… Peut-être qu’un jour, une certification « image non retouchée » sera nécessaire pour les photographiés dédiées pour les médias. En fait, il existe déjà un logiciel dénommé TunGstène et assez onéreux, proposé par la société eXo maKina, surtout dédié pour les administrations, permettant de détecter et de définir le degré d’altérité d’une image numérique et ceci à partir d’une seule image !

Aussi, il faudrait préciser que l’usage de la photographie est une question de définition, ce qu’on attend d’elle : vendre la réalité ou le rêve / l’illusion (le mensonge !). Est-ce que l’image se doit être conforme et respecter la réalité sans trucage ou amélioration ? Ou, la photographie doit-elle se composer dans un contexte plus artistique, pour les besoins de vendre du rêve, de l’illusion ou une interprétation stylisée de la réalité ? L’image restera toujours le pouvoir de la séduction (le contraire est valable aussi…), le charme de se laisser enchanter par un rêve, une vision, en somme la photographie serait aussi comme la parole, ambassadrice d’une réalité tangible. Le rôle des publicitaires est d’innover et de transcender cette réalité descriptive et fonctionnelle du produit pour suggérer ou partager un monde plus proche des rêves en y apportant une valeur ajoutée : le concept, la narration, le rêve, l’art, le design, l’émotion et ceci via différents artifices ou techniques de la communication visuelle. Ceci permettra l’impact d’une image conceptuelle dans la mémoire collective, véhiculant non seulement une culture du visuel et de son (ré)interprétation narrative, mais aussi l’aptitude à l’oeil non-averti à apprendre à discerner le faux du réel. Reconnaître, par exemple, si des éléments de l’image n’ont pas été retouché ou carrément issues (ou partiellement) d’image de synthèse, ce qui est d’ailleurs de plus en plus difficile à discerner aujourd’hui ! Les tendances du moment dans l’écriture d’un langage graphique et esthétique se dévoilent jour après jour et s’inscrivent dans une évolution continue dans le temps, grâce à différentes techniques utilisées conjointement (artisanale / manuelle / conventionnelle) et (numérique / technologique / virtuelle) tout en mettant en valeur la culture de l’image et de ses représentations : la peinture, sculpture, la bande dessinée, la calligraphie, la typographie, l’illustration, le cinéma…

Je reviendrais sur mes propos nuancés, concernant ces deux voies possibles dans la photographie : retouche, pour ou contre ? La question ne se pose plus vraiment aujourd’hui, le développement numérique est souvent nécessaire, pour combler quelques erreurs ou lacunes au niveau de la prise de vue, et ceci peut aussi s’appliquer sous forme de traitement automatique par lots, pour certaines séries de photographies prises dans les mêmes conditions. La retouche numérique est une étape optionnelle, pour donner un sens artistique à l’image, ou vraiment intervenir sur des éléments de l’image. Chaque photographe est libre en fonction de ses compétences d’intervenir sur l’image selon les exigences de l’utilisation prévue par celle-ci.

Les appareils photographiques ont évolué avec le temps, dans leur performance de photographier : d’écrire avec la lumière.
Heureusement, la génération actuelle des boitiers numériques permet grâce au progrès des capteurs de mieux capter la lumière, avec notamment une meilleure sensibilité et une meilleure dynamique de l’image, ce qui se traduit par un meilleur rendu réaliste de l’image, qui de surcroit a une meilleure résolution, au fil des années.

L’art photographique d’aujourd’hui serait en somme de bien maîtriser les réglages disponibles sur l’appareil photo, permettant éventuellement de développer et de styliser rapidement une photographie et de la partager en temps réel sur le net !

Voici à titre d’exemples, deux photos plutôt mensongères par rapport à l’image d’origine… soumis à une interprétation libre, pour mettre en valeur avec une retouche numérique rapide l’amélioration de l’image.
Ce n’est pas toujours facile de se rendre compte de l’authenticité d’un visuel, parmi toutes les photos qui circulent sur le net, surtout lorsqu’elles sont présentées en petit format, et qu’il est impossible d’agrandir l’image.

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